Je prends de la testostérone pour combattre mon endométriose

Je prends de la testostérone pour combattre mon endométriose


Illustré par Lény.

Après des années de pilules progestatives/oestro-progestatives censées calmer (et non pas soigner) mon endométriose, j’ai arrêté les hormones, à bout de souffle des effets secondaires : troubles du sommeil, déprime, baisse drastique de ma libido, problèmes de digestion, saignements intempestifs et j’en passe.

Evidemment, les douleurs et l’angoisse liées aux règles et au cycle (je souffre terriblement pendant mon ovulation) reprennent de plus belle. La dépression est bien installée et je me pose cette question légitime : qu’est-ce qui me déprime tant que ça ? Depuis l’adolescence et mes premières règles vers 10-11 ans, je ne me souviens pas avoir vécu des jours heureux, puisque tous les 28 jours, mon corps me rappelais à l’ordre. Si la dépression, les états dépressifs et l’anxiété peuvent être liés aux maladies chroniques, les ressources à ce sujet manquent cruellement. Je voulais essayer autre chose.

Sans prescription ni avis médical, je fais ma première injection de testostérone le 15 mars 2019 après de nombreuses discussions avec Juliet Drouar, à l’origine de l’article “À quand une pilule de testostérone micro dosée pour les femmes ?” sur CheekMagazine. Je considère que je n’ai plus rien à perdre et même si on me met en garde sur les effets secondaires d’un tel protocole, je décide de me lancer : 1/4 d’une ampoule d’Androtardyl par mois et je vis mon cycle comme jamais je ne l’ai vécu.

Je vois une baisse impressionnante des douleurs au moment des règles, des saignements moins importants, un cycle plus doux et moins accablants au quotidien mais aussi un regain d’énergie, une hausse de la libido, plus de sensations au niveau du clitoris et une sortie de la dépression qui m’aide à arrêter les médicaments (l’hormone est connu pour ces bienfaits anti-dépresseur et anxiolytiques naturels). Tout n’est pas réglé non plus, je continue à faire des crises d’angoisse et à souffrir d’anxiété, mais beaucoup moins. J’ai des effets secondaires non souhaités suite à la prise d’Androtardyl comme une légère augmentation de la pilosité, en tout cas pour moi. Légère, car je suis presque glabre mais chez d’autres meufs cis, j’imagine que ça peut être plus important et complexant.

Aujourd’hui, je fais le choix de la testostérone qui a plus d’effets positifs que négatifs sur mon corps et ma santé mentale. L’Androtardyl n’est pas malheureusement pas accessible à touTEs : il faut une prescription médicale que seulEs les personnes trans peuvent avoir au moyen d’une primo ordonnance, c’est à dire la validation d’unE endocrinologue ou psychiatre sur leur parcours de transidentité (en passant, c’est une aberration d’être dans l’obligation de devoir faire valider son identité par unE soignantE). Je récupère donc les fins d’ampoules des copaines tous les mois.

J’ai bien conscience d’être privilégiée : hors du système médical éminemment sexiste, transphobe, grossophobe, raciste et validiste, j’ai trouvé ma solution. Penser une pilule savamment dosée en testostérone, progestérone et oestrogène comme le suggère Juliet Drouar est sûrement une réponse possible à nos endométrioses.

Que le patriarcat soit prêt non à nous voir gober ou nous injecter de la testo et reprendre le pouvoir sur nos corps, n’est pas la question. Cyclique s’engage dans cette direction et cherche aujourd’hui des soignantEs de toutes les disciplines pour repenser les traitements contre l’endométriose.

Fanny Godebarge

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