Face à mon échec mensuel

Face à mon échec mensuel

Texte illustré par ChiliConCacahuete.

C’est un peu honteuse que je prends la plume pour vous partager mon sentiment à travers un témoignage. J’ai longuement hésité d’ailleurs car je n’ai pas de problèmes connus avec mes parties intimes : mes cycles ne sont pas douloureux, je suis en bonne santé, et pourtant… Je trouve quelque chose à redire. Vous comprendrez donc pourquoi j’ai un peu honte ? Je sais que beaucoup de personnes souffrent de vaginisme, de problèmes liés aux règles, et autres soucis avec Madame foufoune… Mes plaintes sont-elles alors injustement égoïstes ? Je m’explique.

Les 8 derniers mois, alors que mes règles ne me posent aucun soucis (mis à part une sensibilité à fleur de peau), elles sont aujourd’hui devenues une épreuve, un véritable fléau, une punition. Cela fait 8 mois que j’essaie d’avoir un enfant avec l’homme que j’ai rêvé pendant 28 ans et qui partage ma vie. Quand j’ai décidé d’arrêter ma contraception, je me suis sentie libre, heureuse, puissante et j’avais l’intime conviction d’ouvrir les bras à plus de bonheur encore… J’ai étudié la question de l’ovulation et de la composition d’un cycle avec beaucoup d’intérêt. C’est dingue ce dont le corps est capable, me disais-je. Ou pas…

Les premiers mois, j’ai développé des symptômes assez étonnants… Comme ceux d’une femme enceinte qui en réalité, s’apparentaient à de “mignonnes” grossesses nerveuses. Fort heureusement, cela à vite cessé. Après plusieurs semaines d’échecs cuisants, j’ai décidé de faire pipi sur un test d’ovulation acheté en pharmacie pour anticiper au mieux ma période de fertilité. Au vu de la tête du bonhomme sur le dit test, mon corp est donc en accord avec mes envies. Et en effet, à ces périodes précises d’ovulation, ma libido explose – même si j’ai d’intenses douleurs ciblées dans le bas ventre. Résultat peu concluant, donc… La tête du bonhomme sur le fameux bâton d’ovulation passe en réalité son temps à se foutre de ma gueule avec son sourire narquois. J’ai donc pris rendez-vous avec ma top gynéco pour vérifier si tout était en ordre. Visiblement, oui. Elle me prescrit quand même de l’acide folique, une vitamine à prendre tous les jours qui minimise les risques de fausses couches en cas de fécondation. Pour mettre toutes les chances de mon côté, j’ai longuement prêté attention à mon alimentation. J’ai aussi arrêté de boire de l’alcool et de fumer. Finalement, ces résolutions n’attisent que des frustrations, je reprends donc – avec modération – ma vie d’avant.

Au fil des mois, mon état psychologique se dégrade et mes règles sont devenues le constat de mon échec, à 8 reprises. Elles sont devenues ma hantise et une source d’angoisse terrible. Quelques jours avant le débarquement, je sombre dans un état d’intense dépression, dans lequel aucune pensée positive n’est capable de surgir de ma tête. Je passe le plus clair de mon temps à pleurer et à culpabiliser de ne pas être capable de faire de l’homme que j’aime, le père qu’il souhaite devenir. Je lis beaucoup d’articles sur internet, tentant de trouver des réponses à mes questions et des témoignages rassurants. Mais rien, ou pas grand chose. Le temps est long et cela accentue toujours plus mon inquiétude de ne jamais devenir mère. Tous les mois, je suis partagée entre 2 sentiments contradictoires : la sensation profonde et rationnelle que ce n’est (encore) pas pour ce mois-ci et l’espoir secret que quelque chose se produise enfin. C’est dans ces moment-là que la colère, la solitude, la tristesse et la sensation d’injustice ne font qu’un bloc et polluent mon quotidien. Je me mets à devenir désagréable avec les femmes qui ont la chance d’être mère, ou qui vont le devenir. Et je ne me peux m’empêcher de me demander : qu’ont-elles de plus que moi ? Pourquoi elles et pas moi ? Puis, vient la culpabilité. Comment puis-je penser cela ? C’est bien fait pour moi.

Illustration de ChiliConCacahuete.

Puis un jour, cinq mois après avoir commencé à essayer de tomber enceinte, ma belle-sœur de 25 ans – sans emploi et à l’hygiène de vie un peu précaire – nous annonce par texto qu’elle est enceinte. Nous étions au restaurant avec mon compagnon et la nouvelle provoque une réelle onde de choc. Ma douleur est telle que je n’ai – à ce jour – pas de mots pour décrire le déchirement que cela à produit en moi… Pendant une heure entière, mes larmes ne cessent de couler à la vue de tou·te·s, sans que je me soucie des autres client.e.s du restaurant. Savoir qu’autrui puisse réussir à accomplir mon souhait le plus cher me provoque de telles douleurs. Alors qu’il faudrait – juste – s’en réjouir. Mais je n’en suis pas capable. La claque d’injustice est trop immense. Je me sens légitime d’avoir un bébé et suis prête à offrir le meilleur avenir possible pour l’enfant que j’aimerai plus que tout. Alors,  pourquoi elle et pas moi ?

De plus, mon entourage – aussi bienveillant soit-il – ne peut s’empêcher de poser des questions très embarrassantes : “Alors ? Le bébé, c’est pour quand ?”. Et pour celleux qui sont dans la confidence, celleux à qui on pense pouvoir livrer ses doutes, me font des commentaires tels que : “Tu n’as qu’à pas y penser, ça va venir tout seul !”. Mais comment ne pas y penser ? Tous les jours depuis des semaines, je prends une pilule “magique” qui est censée favoriser une grossesse. Par ailleurs, je suis très sensible à mes périodes d’ovulation. C’est donc impossible de ne pas y penser. C’est comme une envie d’uriner très urgente à laquelle on répondrait qu’il suffit juste de ne pas y penser pour ne pas se faire dessus. Et il y a aussi le cas des copines qui te font sentir comme une merde : “Moi aussi j’ai galéré, j’ai mis 3 mois…”, ou “Je ne comprends pas, moi c’est venu tout seul”, ou encore “Je suis sûre c’est pour cet été”. Cet été, ça fera un an que j’essaye. Merci pour vos conseils, je m’en passerais bien.

Si tu as un.e ami.e en difficulté dans sa volonté d’avoir un enfant, un conseil : écoute lae, rassure lae et n’essaie pas de te comparer car cela pourrait lae mettre dans une situation très inconfortable et lae remettre en question quant à ses capacités physiques et son état de santé…

Je m’adresse aujourd’hui à celleux qui se reconnaîtront, celleux qui partagent mon combat, celui que l’on mène ensemble. Je me sens seule, trop souvent. Même si je ne le suis pas réellement. Je rédige le témoignage que j’aurais aimé trouver sur internet. Celui d’une femme qui souffre et qui connaît des galères dont personne ne parle…

S.